Transcription textuelle de la vidéo : Un laser innovant et moins douloureux pour le patient

[Arnaud DANSE, Ophtalmo.tv]

Nous sommes à l’hôpital intercommunal de Créteil, dans le service du Pr Eric Souied, et aujourd’hui nous voulions vous parler d’un nouveau laser qui est le Navilas.
Quels sont les avantages qui vous ont amené à investir dans ce laser, le Navilas ?

[Pr Éric SOUIED, Chef de Service – service d’ophtalmologie, Centre Hospitalier intercommunal de Créteil]

Tout d’abord le contexte. Il s’agit d’un laser rétinien, utilisé pour les pathologies de la rétine et de la macula. Le laser, dans notre activité, est peu à peu tombé en désuétude depuis l’arrivée des anti-VEGF. Le laser servait historiquement à deux conditions : les conditions maculaires et la rétine périphérique.

Pour la macula, l’essentiel des pathologies maculaires est maintenant traité par anti-VEGF. Et peu à peu on a fait de moins en moins de laser, et l’expertise en traitement laser maculaire a diminué puisqu’on en fait moins. On en a de moins en moins la pratique, et surtout de moins en moins l’apprentissage et le partage des connaissances. Autrement dit, on enseigne moins le laser. Ça c’est ce qui s’est passé ces dix à quinze dernières années. Pour le laser périphérique, c’est vrai que ça reste encore bien utilisé même si les anti-VEGF prennent de plus en plus de place.

Et puis apparut ce laser, le laser Navilas, très prometteur parce qu’il fonctionne un peu comme, j’aime à dire, un robot laser. On lui dit ce que l’on veut traiter et il va le faire avec une extrême précision.

Le concept paraissait intéressant, on s’est réuni en équipe, on en a discuté : est-ce qu’on y va, est-ce qu’on n’y va pas ? Sur le papier, sur le concept, sur l’idée, c’est séduisant de savoir qu’on est très sécure, qu’on va aller taper au micron prêt ce que l’on veut. Mais 1. Est-ce qu’on va tenir les promesses et 2. Est-ce que le résultat du laser sera bon (est-ce qu’on va vraiment traiter) ? Et là on a été vraiment bluffé (je crois que c’est le mot) par les résultats de ce laser.

D’abord la conjoncture et l’articulation entre le laser – la thérapeutique, et le diagnostic (les techniques d’imagerie que l’on a ici à Créteil). On a quand même une petite expertise là-dessus, sur ces techniques d’imagerie. Articuler les deux, et c’est vraiment le propos de ce laser puisqu’il va traiter sur la base d’une imagerie, et rajouter en plus l’intelligence des membres de l’équipe qui ont su faire dépasser à l’appareil ses limites, ça nous a permis d’avoir des résultats qu’on n’osait même pas imaginer chez certains patients : des pathologies qu’on avait encore du mal à juguler par anti-VEGF, quelques entités qui pour l’instant restent encore un petit peu difficiles, qui sont traitées avec succès par ce laser Navilas.

[Arnaud DANSE]

Alors on a vu vraiment l’aspect technique, et merci vraiment pour l’historique de l’évolution du laser. Est-il vrai que les patients supportent mieux ce nouveau laser Navilas ? On a l’impression que c’est vraiment un point très important.

[Pr Éric SOUIED]

Oui, et ça a été un des premiers retours de Francesca et d’Alexandre, de revenir vers nous en disant « Les patients ont moins mal ». Je leur disais « c’est peut-être un effet nouveauté », et effectivement vous l’avez quantifié, vous en avez fait une étude de douleur : les patients ont beaucoup moins mal, et notamment les patients qui avaient antérieurement eu du laser (on va dire non Navilas) et qui ont maintenant ce laser. Alors la question est : pourquoi ? Pourquoi et comment ça marche, pourquoi est-ce qu’ils ont moins mal ? Mais de fait c’est moins douloureux.

[Arnaud DANSE]

Et alors, d’après votre expérience, est-ce qu’il parait possible que ce laser puisse traiter des pathologies plus compliquées, ou des patients beaucoup plus difficiles ?

[Dr Alexandre PEDINIELLI, Chef de clinique Assistant]

De façon assez claire il y a des patients qui sont plus sensibles que d’autres à la douleur, et que l’on a du mal à traiter pour la PPR avec les lasers classiques parce que toutes les cinq secondes ils reculent, ils ont mal. Et le fait de le faire avec un laser moins douloureux, ça rend le traitement beaucoup plus facile. Et puis après il y a des pathologies plus complexes, des pathologies maculaires qui s’approchent vraiment beaucoup du centre, qu’on a du mal à traiter avec un laser dans lequel on n’a pas forcément de contrôle sur la précision. Et on se permet de s’approcher plus des limites avec le Navilas.

[Arnaud DANSE]

Je dirais que, comparativement à un laser classique, comment placez-vous le Navilas alors ?

[Pr Éric SOUIED]

C’est une vraie innovation. Il faut voir que ce n’est pas simplement un autre type de laser. Là on va aller dire à l’appareil : à partir d’une imagerie voici notre plan, voici ce que l’on veut faire. On prend une image (de la rétine du patient) et l’appareil va ensuite aller regarder l’œil, faire la corrélation entre l’œil et l’image. Et ce qui est très fort est que vous avez fait des images hybrides, composites, avec des fois de la fluo, des fois de l’OCT-angio, et il reconnait tout cela à partir de l’œil du patient. Et une fois qu’il a reconnu il va aller traiter exactement ce que l’on a voulu, à partir de l’imagerie. Donc il y a une intelligence là-dessus qui est vraiment nouvelle, qui nous apporte quelque chose.

Encore une fois j’insiste sur le résultat. Parce que ç’aurait pu être un gadget très sympa, mais à la fin… La vraie question qu’on a eue au tout le départ est : comment sera le patient dans un mois ? Quand on va le revoir il sera comment ? Et effectivement on a l’efficacité, on a été très agréablement surpris.

[Arnaud DANSE]

Le Navilas présente un grand nombre d’avantages : moins douloureux pour le patient, visiblement une interface et une gestion beaucoup plus précise, et pour des résultats, puisque vous avez l’air de le dire, un mois après, qui sont plutôt probants ?

[Pr Éric SOUIED]

Les résultats sont bons, c’est sûr.

[Arnaud DANSE]

En terme de sécurité, quel est l’avantage ?

[Dr Francesca AMOROSO, Assistant Spécialiste]

En terme de sécurité, dans le Navilas est intégré un système de tracking très performant qui nous permet, en mettant les zones de sécurité, d’éviter de toucher le nerf optique et la macula. C’est le seul laser à avoir ce système. C’est très important.

[Pr Éric SOUIED]

Il faut bien voir le concept. Pour les non-initiés au laser : le laser consiste à bruler, à coaguler. On n’est pas à l’abris – et c’est arrivé à tous les ophtalmos – d’un mouvement erratique d’un patient, d’un patient qui bouge, et d’un impact qui va là où il ne faut pas. L’avantage de ce laser, avec le eye-tracking, c’est justement de pouvoir définir des zones qui, quoi qu’il arrive, ne seront jamais touchées. En terme de sécurité c’est vraiment un plus.